16h00, on se retrouve à l'appart' pour déjeuner et faire un
point sur les films de mercredi. Tout émoustillés par le Kaurismaki, on squatte l'appartement en se disant PAUSE, on profite de récupérer, joyeux, et on retourne au Palais pour voir
TATSUMI, le nouveau film d'Eric Khoo (My magic), son premier film d'animation, adaptation d'un célèbre manga autobiographique de Yoshihiro Tatsumi. On arrive
très en avance car Un certain regard est assez inaccessible cette année si on n'a pas d'invits, c'est notre cas. On commence la queue à 21h, pour une projo à 22h. La séance précédente a pris du
retard, à 22h15 on nous dit qu'on est à 45 minutes de queue.... On abandonne, et on se dit: direction appart', balcon, rosé, clopes. Passage chez un rebeu de la gare et on remonte avec Thé, G.,
Fab et Agathe... On se finit gentiement, en attendant la journée de demain, spéciale Sélection Officielle. Couchés tôt, on espère être frais pour Melancholia le nouveau Lars Von Trier.
Si l'affaire DSK squatte les journeaux nationaux et les conversations Cannoises, ici, sur la Croisette, on a aussi notre feuilleton: Sami Nacery est à Cannes et se fait remarquer. Dans la queue de la fête du Malick que j'ai abandonnée, il s'est frité avec les videurs, puis des flics. Plus tôt, il s'était embrouillé aussi avec des agents de sécurité, plus des histoires avec son hôtel, il finira au poste... A 7h45, dans la grande salle Lumière, on fait la revue de presse en attendant que démarre à 8h30 Mélancholia. 8h30 pétantes, sonne l'ouverture de Tristan et Iseult de Wagner, sur des images de planètes dans l'espace. La terre, et une autre planète: une planète bleue: Melancholia...
Quelques minutes d'espace nous plongent dans une athmosphère à la 2001. Puis des plans fixes, des tableaux, plutôt, à la limite du surréalisme: des personnages figés, implantés dans la nature. Choc. Fascination. Hypnotisation. Puis démarre le premier chapitre: Justine (Kristen Dust... beurk...). C'est la mariée, qui arrive à sa soirée de mariage avec deux heures de retard, mais surtout qui transporte un spleen qui lui coupe tout sourire ou tout enthousiasme pendant cette fête. On croit voir arriver un scandale à la Festen, mais non, c'est encore plus fort : cette fille est triste, dépressive, et fuit son mariage malgré les obligations, poursuivie par sa soeur Claire (Charlotte Gainsbourg), qui veut tout contrôler et lui inculquer un bonheur factice, logique en ce jour de fête. Mais c'est aussi un jour de catastrophe, où la planète Mélancholia, la planète bleue, va frôler la planète terre...
En fait de Festen, c'est encore plus trash, ce mariage: un dégoupillage en règle de l'institution, une explosion des conventions et des classes, il faut forcer cette Justine à être heureuse ou tout du moins paraître heureuse, en ce jour qui coûte si cher, et qui doit être le plus beau jour de sa vie... Las, elle se renferme sur elle-même, et plonge dans une dépression profonde. Chapitre 2 : sa soeur: Claire (Charlotte Gainsbourg).
Le mari de Claire, richissime, a accueilli et financé la mariage dans sa résidence avec golf 18 trous. Il est un scientifique spécialiste de l'espace. Ses calculs, son
expérience, lui ont permis de prévoir que Melancholia de touchera pas la terre, mais la frolera, puis s'échappera dans l'espace. Mais finalement Melancholia rode et Claire perd le contrôle.. A
son tour, Justine tentera d'aider sa soeur afin de lutter contre sa panique irrationnelle....
Melancholia arrive à point nommé... Après Antichrist, Lars Von Trier reprend la même esthétique pour livrer le film le plus visuellement beau que j'ai pu voir depuis une éternité. Et proposer une relecture du film catastrophe, installant la catastrophe comme décor de bouleversements intimes, l'impression d'être dans le Rencontre du 3ème type des années 2000, et dans l'introspection Freudienne de deux soeurs et de leur relation. A la sortie, je reste bouche bée, fasciné par la beauté de ce que je viens de voir et anéanti par le portrait de ces deux soeurs. LVT revient en force, avec une oeuvre majeure, débarassée de ses provocations immatures, portant un discours sur l'intime et "l'ensemble" à cette aube du XXIème siècle, à la veille de 2012... Les deux comédiennes irradient chacune à leur tour et dans leur style. LVT m'a encore tuer...
Je dois enchaîner, avec La conquête, le tant attendu film de Durringer sur la conquête du pouvoir par Sarko. Comme prévu et déjà vu, les comédiens sont saississants. A la fois dans les attitudes mymétiques qui nous lachent à la gueule des politiciens et hauts fonctionnaires plus vrais que nature, mais surtout par la véracité des faits qui y sont rapportés. Mais c'est là aussi sa propre limite : si on s'intéresse à la politique, qu'on lit régulièrement le Canard enchaîné, Le monde ou un hebdo, on n'apprend rien. Mais pour le néophyte, celui qui regarde la politique de loin, ça devient une comédie truculente sur le milieu politicien. Au niveau ciné ça vaut pas grand chose, mais au moins il y a du contenu et quelques scène hilarantes. Dont une, sans le vouloir: Sarko, en pleine période de séparation d'avec Céciaila, drague une journaliste, et lui confit discrètement "vous savez, les hommes politiques sont des bêtes de sexe". Là, l'amphithéatre Lumière explose de rire, mais sans que le film ne l'ai voulu. Spéciale dédicace à DSK...
19h30, on prend la direction de l'ACID pour
Rives, d'Armel Hostiou. Auparavant, comme chaque jour à la programmation ACID, on a le droit à un court métrage. Ce soir, c'est Pandore de
Virgil Vernier. Documentaire de 35 minutes sur le physio d'une boîte de nuit ++ à Paris. Le mec dit dans le film qu'il a fait le Baron, il semble très qualifié et réputé dans le milieu. C'est une
demi-heure d'effarement, devant l'application de la loi de cet étrange métier. Sélectionner les clients acceptés à entrer dans une boîte très select'. Au delà de la répétition des situations,
toutes différentes, mais souvent avec la même solution : NON, l'accumulation devient comique et mène à des situations ubuesques. Un très bon court, qui renouvelle le plaisir du format et du
documentaire. Suit donc Rives, 24 heures dans Paris, à suivre 3 personnages : une femme, un enfant, un homme. Cadres serrés, vignettes de la vie quotidienne, on scrute
la vie parisienne à travers ces trois personnages, dont le journée est découpée en tranches de vie. Le film est réussi, quoi qu'un peu hermétique. Pour autant, j'ai hâte de voir le prochain, qui
pourrait être libéré d'un certain carcan auteuriste.
Il nous raconte cette
fois l'histoire de Marcel Marx, vieill écrivain devenu cireur de chaussures au Havre, marié à une femme aimante mais introvertie, façon "bonne à tout faire". Un jour un container est
découvert sur le port du Havre avec à l'intérieur des immigrants noirs. L'un d'eux, un enfant, réussit à s'enfuir, et est recueilli par Marcel Marx, qui décide de l'aider à tenter de finir son
voyage jusqu' à Londres. Enfin, enfin, enfin, un nouveau bon film. Un scénario en béton, la mise en scène habituelle de Kaurismaki, sur-cadrée, colorée, humoristique et brillante, André Wilms,
sublime Marcel Marx burlesque à la voix performeuse, Prix d'interprétation évident, font de ce démarrage un bijou. Et le bijou ne fait que briller de plus en plus dans ce Havre de paix,
d'aventures et d'amour. Car au delà de l'histoire de ce vieil homme et cet enfant, au delà de la critique acerbe de l'accueil des migrants en France qu'aucun cinéaste français n'a su dire sous
une forme aussi belle et légère, il y a une histoire d'amour. L'amour, toujours l'amour, de la France, de la vie, des autres, et l'amour qui transcende tout. Jamais je n'avais pris autant de
plaisir, de joie chez Kaurismaki, jamais je n'avais ri aurant depuis le début de Cannes. Et jamais je n'ai vu un film français faire un tel bras d'honneur à Sarko, un tel doigt à Hortefeux, une
telle branlée à Guéant.
Dimanche fin d'après midi. Tout le monde est
enfin arrivé. I Télé tourne en boucle sur l'affaire DSK, et personne à l'appart' n'en revient. Coup de pompe. Je m'allonge en attendant d'aller faire un tour au pot du Pacte, puis de voir à 20h à
l'ACID, Les vieux chats. Mais une fois endormi, je plonge. Au réveil, il est 19h50. Trop tard pour le film. La porte est fermée à clef. Un homme nu sort dela salle de bain, se précipite
sur moi, m'agresse sexuellement, et je me réveille. Il est bien 19h50, trop tard pour le film. Thairaize au téléphone, elle file au pot du Pacte. Je la rejoins, on prend un coup, je croise
des amis, le beau Duarte avec qui bientôt je ne travaillerai plus... Retour appart', dîner, puis on file à la fête Memento, dans leur villa sur le Port. Du monde, de l'alcool, de la très
bonne musique, les habituels fêtards. Je roule un petard sur une murette au dessus des escaliers de l'entrée de la terasse, quand débarquent trois flics. Panique, je lève les yeux au ciel l'air
de rien, me retourne pour cacher le petard avec ma veste. Y en a un qui plante à 1 mètre de moi. Dès qu'il tourne le dos je vais finir de rouler plus loin. La fête s'arrête, trop de bruit.
C'est 2h30, on rentre à pied tous lessivés. J'aurai vu qu'un film ce dimanche, mais quel film...